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Marguerite de Valois (reine de France ; 1553-1615)

Type : personne

Identifiant BVH : bvhbibfr_02048

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La Croix du Maine

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[La Croix du Maine, page 307]
MARGUERITE DE FRANCE, Royne de Navarre, fille de Henry 2.
du nom, & soeur de Charles 9. & Henry troisiesme, à present Roy de

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France, &c. Si j'ay mis cette Dame & tres-illustre Princesse, apres les au-
tres de ce nom de Marguerite, ç'a esté pour observer l'ordre alphabe-
tiq, ou d'a, b, c, lequel je me suis proposé de suivre en ce Recueil d'hom-
mes & femmes illustres, afin d'eviter tout soubçon de flaterie, & pour
ne fascher aucun. Que s'il m'eust esté permis d'user en en cecy de ma volon-
té, j'eusse mis cette Dame, au premier rang: car si je ne veux demeurer
ingrat de tant de faveur qu'il a pleu à sa Majesté de me porter, (sans luy
avoir jamais fait service aucun, & sans avoir eu ce bien que d'estre au
nombre de ses domestiques, & serviteurs ordinaires: ou bien pour ne
luy avoir jamais donné occasion d'user d'une si grande courtoisie en
mon endroit.) Il fault que je confesse qu'elle m'a tant honoré de sa bon-
té accoustumee, que d'avoir voulu prendre la peine de faire entendre
mes desseings & projects au Roy de France tres-Chrestien Henry 3.
son frere, & les luy recommander sur tout, afin que celà le rendist de
plus en plus renommé par l'Univers, & pour emporter le bruit d'estre
un Prince qui eust plus advancé les lettres, que pas un de ses devanciers
Roys de France & autres: enquoy il y a une rencontre tresmemorable
en cecy. Car une de mesme nom & surnom, de mesme lignee, toutes
deux Roines de Navarre, soeurs des Roys de France, & toutes deux ai-
mants les lettres, sçavoir est Madame Marguerite de France ou de Va-
lois
, Roine de Navarre, soeur du Roy François 1. pere des lettres, avoit
esté cause que Jules Camile Italien, entra en la faveur & cognoissance
dudit Roy François & cette Dame susditte a pris toutes les peines qu'il
luy a esté possible, de faire entendre au Roy son frere (mon Prince sou-
verain) tous mes desseings, en intention qu'il les acceptast, tant elle desiroit
de voir croistre l'honneur du Roy, & qu'il ne cedast en rien à celuy de son
grand pere, le Roy François 1. duquel la renommee ne perira jamais,
tant que les lettres & sciences auront cours & duree: desquelles choses
je feray plus ample mention autre-part. Mais pour dire un mot de ce
Jules Camile, je veux que l'on sçache qu'il n'a escrit qu'une cabale pour
la Memoire, c'est à dire, une science particuliere, & comme baillee de
main en main, pour aprendre à retenir beaucoup de choses desquelles
on desireroit avoir cognoissance, & que l'Idee de son theatre, impri-
mee en Latin & en langue Italienne, n'est pas semblable aux desseings
& projects que j'ay presentez au Roy. Car je monstre par effects & par
livres, que je mets à fin mes entre prises: jusques à là que d'en avoir es-
crit & recueilly sept ou huit, cent volumes de memoires sur toutes cho-
ses, traictans de tous arts, toutes matieres, toutes langues, & toutes di-
sciplines, voire jusques à n'avoir rien obmis de ce qui appartient aux
arts Mechaniques, & pour dire en un mot, n'ayant laissé chose aucune,
de laquelle les hommes puissent avoir cognoissance, dont je n'aye trai-
cté en ce grand nombre de volumes, contenant plus de trente mille
cayers ou chapitres, comme j'ay dit cy devant parlant de moy, & de


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mes escrits, mais pour ne vouloir par trop estendre mon dis-
cours, j'advertiray ceux qui auront volonté de voir ces choses plus am-
plement, d'avoir recours à ce que j'ay escrit bien au long sur la fin de
cette Bibliotheque Françoise, auquel lieu j'ay parlé amplement dudit
Camille, & de sa vie.

Mais pour revenir à parler de la tres-illustre Royne de Navarre, j'o-
seray asseurer (sans que les faveurs & bien-faits que j'ay receuz de sa
Majesté, soient causes de me le faire ainsi laisser par escrits) qu'elle est
ornee d'un tel & si divin esprit, & qu'elle est si docte & tant eloquente,
qu'elle ne cede en rien, mais surpasse toutes celles, qui sont en reputa-
tion d'estre bien nourries aux lettres: & ce qui est le plus à admirer en
cecy, c'est qu'elle a plus de science nee avecques elle, que par acquisition
ou industrie.

Elle florist cette annee 1584. & prie Dieu vouloir luy donner sa
grace.

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