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MARC ANTOINE DE MURET

Type : notice

Source : La Croix du Maine

Identifiant BVH : lcdm-not_1442

lcdm-not_1442
noms de personnesbibliographietexte brut
originalrégularisé

[La Croix du Maine, page 304]
B. L. MARC ANTOINE DE MURET, natif de la ville de Limoges, en la
Gaule Guiennoise, appellee des Latins Aquitaine, qui est aussi le pays
de Jean d'Aurat Poëte du Roy, & de plusieurs autres sçavants hommes,
entre lesquels je nommeray pour ceux de nostre temps Jean de Maumont,
Simeon du Bois, dit Bosius, Martial Roger, Jean Jolivet Chorographe,
Michel Nigonius orateur & J. C. lequel estoit tant admirable pour sa di-
vine memoire, Antoine Valet docteur en medecine, Joachim du Chal-
lard, Messieurs de Selue, dont l'un fut Evesque de la Vaur, Chrestofle de
Roffignac president de Bordeaux, Martial Masurier docteur en Theo-


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logie, & Chanoine de Nostre-Dame à Paris l'an 1540. &c. Jean de Sal-
lignac, Maledent, Betolaud, la Garde, Massiot, Maillard, de la Barde, le
Roy, Beaubrueil, Blanchon, Antoine de Lavets, & autres en nombre
infiny, desquels je feray mention autre-part, sans parler icy des anciens,
comme d'unProsper Aquitanus, Bernardus Guidonis, lequel florissoit
en l'an de salut 1300. taisant icy dixsept Papes de cette nation, qui tous
ont esté hommes doctes, desquels nous nous reservons d'escrire en au-
tre lieu plus à propos. Or pour revenir (apres cette longue digression)
à parler du susdit M. A. de Muret, nous dirons qu'il est estimé l'un des
plus doctes és langues, & des plus eloquents Orateurs de nostre temps,
outre ce qu'il est bien versé en tous arts, toutes professions & discipli-
nes, desquelles il a fait suffisante preuve par ses lectures publiques: mais
estant du jourd'huy Prestre & citoyen de Rome (qui n'est pas un petit
honneur, car celà n'est donné qu'à ceux qui meritent beaucoup, com-
me auparavant luy, avoit esté Chrestofle de Longueil dit Longolius,
& de recente memoire Hubertus Goltzius si excellent rechercheur
de l'antiquité) il se contente de verser és sciences plus propres à sa pro-
fession. Dés ses plus jeunes ans il a escrit quelques chansons spirituelles
mises en musique par Goudimel, & imprimees à Paris & autres lieux.

Il a escrit de for doctes & bien laborieux commentaires sur les
Amours de Pierre de Ronsard, lesquels ont esté imprimez à Paris par
diverses fois chez Gabriel Buon, & encores cette annee 1584. in fol. ou
bien en grande marge.

Il a escrit plusieurs oraisons Latines, prononcees par luy à Rome de-
vant les Papes & tout leur consistoire ou assemblee de Cardinaux, les-
quelles ont esté faites Françoises, soit par luy ou autres, & en fin impri-
mees à Paris, à Lyon, à Roüen & autres lieux, & entre-autres celles pour
Antoine & Ieanne, Roy & Roine de Navarre, & celle pour Antoine de
Bourbon Roy de Navarre & Ieanne d'Albreth, Roine & Princesse de
Bearn, prononcees à Rome l'an 1560.

Il a escrit & composé plusieurs autres livres en nostre langue, des-
quels je n'ay pas cognoissance: quant à ses compositions Latines soit
en vers ou en prose, nous en ferons mention dans nostre Bibliotheque
Latine, laquelle contiendra les vies & compositions Latines de tous hon-
mes de la nation Gauloise ou Françoise, sans faire mention des Estran-
gers, desquels le nombre est de 5. ou 6. mille, si je veux y comprendre
ceux de la Gaulle Belgique ou Basse Almagne &c. Je diray encores cecy
(avant que finir ce propos de MonsieurMuret) que il s'en est trouvé plu-
sieurs qui l'ont calonnié, & ont mis des Epistres en son nom pleines d'in-
jures, lesquelles interessoient beaucoup son honneur, & dont il ne
fut jamais autheur, comme il l'a protesté en la derniere edition de sesdi-
tes Epistres. Et pour monstrer qu'il est exempt de ce que lon luy met
assus, je veux bien icy employer son anagramme ou nom tourné, qui est tel

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Marc Antoine de Muret. Nature droict m'a mené.

Et vous voyez en celà que le proverbe est vray, qui dit ainsi.
Conveniunt rebus nomina saepe suis, qui est à dire en François,
Les noms le plus souvent, à leurs effects ressemblent.

Il florist à Rome cette annee 1584. encores que plusieurs ayent fait
courir le bruit qu'il fust mort, non sans s'estudier à perpetuer sa memoi-
re par tous loüables & vertueux offices.